Table de concertation des aînés de l'île de Montréal
test

Le Protecteur du citoyen vivement préoccupé par l’accessibilité aux services de soutien à domicile

Source : L'Actuel - Québec Hebdos

Peut-on encore envisager de rester à domicile, même en perte d’autonomie, sans que cela compromette notre santé et notre sécurité? La question se pose face au rapport d’enquête du Protecteur du citoyen rendu public la semaine dernière. Ce rapport nous indique clairement qu’il y a un manque d’accessibilité aux services de soutien à domicile à long terme. Le rapport d’enquête va même très loin, en mettant en lumière de nombreuses incohérences dans ce programme.

Une hausse des plaintes, indicateur d’un réel problème?

Il faut savoir que ce rapport se base sur les plaintes reçues par le Protecteur, de la part d’aînés ou de proches qui se sont vus refusés ou réduire les services leur permettant de rester chez eux. Cela signifie que ces personnes ont déjà posé une plainte de premier niveau, auprès du Commissaire aux plaintes et à la qualité et qu’ils font appel de leur décision. Par conséquent, ces plaintes ne constituent que la pointe de l’iceberg, car il faut y ajouter les plaintes reçues par les Commissaires en région! Pourtant, l’an dernier déjà, cet organisme indépendant qu’est le Protecteur, qui rend ses comptes devant les députés, avait souligné les mêmes problèmes. En 2011-2012, le nombre de plaintes reçues les neufs premiers mois avaient déjà augmenté de 60% par rapport à 2009-2010! (p. 2 du rapport).

Une application négligée de la politique de soutien à domicile

Le document fait ressortir un important écart entre les principes et orientations de la politique de soutien à domicile « Chez soi : le premier choix » et la réalité vécue par les personnes qui ont une incapacité significative et persistante. D’ailleurs, une grande partie des agences et des CSSS ont révisé au cours des dernières années leur cadre de référence des services à domicile. Ce cadre détermine notamment les critères d’admission aux services et les conditions des services offerts. Ce document doit à priori se baser sur la Politique ministérielle, mais le Protecteur a constaté que les cadres révisés, pour certains, correspondaient peu à ces principes initiaux. .

Pour rappel, en 2003 le ministère de la Santé et des Services sociaux a adopté une Politique de soutien à domicile. Cette politique établit que : « Dans le respect du choix des individus, le domicile sera toujours envisagé comme la première option, au début de l’intervention ainsi qu’à toutes les étapes » (ministère de la Santé et des Services sociaux, Québec, 2003).

Dans son rapport, le Protecteur du citoyen identifie les divers éléments qui dérogent à la politique de soutien à domicile :

  • L’apparition de nouveaux critères d’exclusion (accès à une assurance privée, présence d’un proche-aidant, etc.)
  • La mise en place de plafonds d’heures de services souvent bien en deçà des besoins évalués (dont les limites d’heures de services varient d’une région à l’autre)
  • Les disparités dans l’accès et l’application de la politique entre les différentes Agences et CSSS (un déménagement a des conséquences sur le nombre d’heures de services de soutien)
  • La diminution des heures de services
  • L’allongement des délais d’attente

De lourds impacts pour les aînés et leurs proches

L’analyse constate que le manque de ressources de soutien à domicile aura des conséquences directes sur l’épuisement vécu chez les proches-aidants et sur le système de santé, car les personnes ne pouvant recevoir de services à domicile continueront d’occuper des lits dans les centres hospitaliers. La Protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain se dit très préoccupée par les conséquences du manque de services à domicile sur la sécurité et la qualité de vie des aînés en perte d’autonomie.

Le Protecteur s’inquiète même que certaines sommes aient servies non pas aux services d’aide à domicile… mais pour absorber le déficit de certains CSSS. Un article de La Presse note que plutôt qu’augmenter comme il était annoncé en 2010, le nombre d’heures de services à domicile a diminué de 200 000 heures entre 2009 et 2011. Le nombre de personnes âgées desservies a aussi diminué. Pour en savoir plus, lisez l’article de La Presse en cliquant ici. 

Vieillir chez soi permettra-t-elle aux citoyens aînés d’envisager le domicile comme la première option?

Très bientôt, le gouvernement présentera sa nouvelle politique Vieillir chez soi. Nous tenons à ce que les constats et recommandations du Protecteur du citoyen soient vivement considérés dans la mise en place de cette nouvelle politique. Comme l’indique le rapport, «l’inadéquation entre l’offre de services et la réalité des budgets alloués en soutien à domicile cause des préjudices aux personnes en attente de services et à leurs proches aidants». Cette inadéquation est inacceptable et le plan d’action dévoilé prochainement devrait présenter des mesures concrètes pour améliorer l’accessibilité aux services de soutien à domicile. C’est un enjeu incontournable pour notre société qui compte un nombre croissant d’aînés à travers la province et dans laquelle le fait de choisir où vieillir et dans quelles conditions est un droit fondamental.

Pour lire le rapport du Protecteur du citoyen, cliquez ici.

Maison de retraite, pas question!

… C’est ce qu’ont décidé des aînés de Washington, qui ont choisi de vivre en « village d’entraide » et ainsi rester dans leur domicile et leur communauté. Vieillir chez soi, c’est possible pour les aînés du quartier Capitol Hill de Washington!

Comment?

Pour eux, il n’était pas question de quitter leur domicile. De cette volonté de rester chez soi et de conserver leur indépendance est née l’association à but non lucratif Capitol Hill Village, existant depuis 2007 et qui forme l’un des 66 « villages » aux États-Unis inspirés d’un modèle développé dans le quartier Beacon Hill à Boston en 2001. Le concept du « village » a été mis sur pied par des aînés qui voulaient rester à leur domicile et qui nécessitaient toutefois des services de transport, de soins et de travaux ménagers. Ce concept a pris la forme d’une association à but non lucratif qui fonctionne sur la base d’une cotisation annuelle.

Le Capitol Hill Village comprend 360 membres (dont 260 foyers) et compte sur la collaboration de 215 bénévoles qui assurent le contact téléphonique avec les habitants et les accompagnent pour un rendez-vous chez le médecin, pour remplir des papiers administratifs ou faire l’entretien ménager. Le « village » offre également diverses activités culturelles et sportives.

Aux États-Unis, l’aide sociale est peu présente auprès des aînés, le désir de s’organiser en communauté est donc une caractéristique qui n’est pas rare. D’après Candace Baldwin, codirectrice de Village to Village Network, l’organisation qui coordonne ces « villages », il s’agit d’une façon de vieillir dans son quartier qui intéresse de plus en plus de gens.

En France, certaines initiatives « alternatives » ont aussi été développées. Certaines municipalités proposent des appartements communaux afin de permettre aux personnes âgées de rester dans leur village. Comme alternative originale à la maison de retraite, un groupe de femmes âgées entre 55 et 80 ans ont initié depuis 2001, le projet de la maison des « babayagas », un concept d’une maison de retraite autogérée, écologique, solidaire et citoyenne. Il s’agit d’un projet de coopérative d’habitants regroupant des appartements de 50m2 avec des espaces collectifs tels qu’un jardin potager. Cette idée est venue de ces femmes qui ne souhaitaient pas vivre dans un milieu dans lequel elles se sentiraient refermées sur elles-mêmes, ou exclues de leur commune. De cette façon, elles demeurent actives dans leur ville et partagent leur expérience de vie en proposant notamment des cours de langue, de tricot ou d’aide scolaire.

Pour en savoir davantage sur le Beacon Hill Village, visionnez le reportage de CBS News en cliquant ici.

Même au cinéma, on présente l’idée d’une communauté d’habitation entre personnes aînés. Il s’agit du film « Et si on vivait tous ensemble? » réalisé en 2010 par Stéphane Robelin traitant de l’histoire de cinq amis de longue date qui décident de vivre en communauté pour échapper à la maison de retraite. Comme quoi, il s’agit d’une vraie tendance! Voici la bande-annonce.

Nombreuses sont les alternatives à la vie en maison de retraite, nous pouvons penser entre autres aux maisons intergénérationnelles, aux coopératives d’habitation, aux domiciles adaptés, etc. Et vous, quel concept vous plaît le plus?