Table de concertation des aînés de l'île de Montréal

Briser la glace sur la sexualité des aînés

Consacrer une journée de débats et de réflexions sur la sexualité des aînés est le pari que s’est donné le Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale (CREGÉS) le 26 avril dernier. Le colloque « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la sexualité des aînés », animée par la sexologue et auteure Jocelyne Robert, a constitué une première occasion de discuter ouvertement d’un sujet encore aujourd’hui considéré comme tabou, bien que la représentation de la sexualité n’ait jamais été aussi forte dans notre société.

Vieillissement et sexualité : heureux ménage ?

Les idées reçues lorsqu’on pense aux aînés comblant toujours leurs désirs et le besoin d’être désirable entraînent souvent un grand malaise. Nombreux d’entre nous rejettent l’idée que nos parents plus âgés puissent continuer à avoir des rapports sexuels ensemble ou même nos grands-parents, par exemple. Pourtant la sexualité fait partie inhérente des êtres humains et ne disparaît pas arrivé à un certain âge.

Dans sa présentation, Isabelle Wallach, chercheure affiliée au CREGÉS et professeur en sexologie à l’Université du Québec à Montréal met la table en réalisant un portrait sur la sexualité vécue par les aînés et les différents mythes et réalités entourant ce sujet. Il est vrai qu’avec le vieillissement, de nombreux changements physiques et défis surviennent. Toutefois, il serait faux de prétendre que la sexualité des personnes aînées est automatiquement non génitale ou que les aînés seraient nécessairement asexués, c’est-à-dire qu’ils ne ressentent pas d’attirance sexuelle pour les autres.

La conception de la sexualité serait-elle âgiste ?

Les images représentant la sexualité sont très souvent associées à la beauté et à la jeunesse.  De plus, la sexualité se rattache à sa propriété reproductive. Lorsque vient la ménopause chez les femmes, par exemple, les pratiques sexuelles devraient-elles diminuer ? Il s’agit bien sûr d’un choix individuel touchant aussi bien les hommes que les femmes.

Les différents conférenciers et autres participants du colloque ont souligné le fait que nous infantilisons encore trop les personnes aînées vivant encore à domicile, mais davantage encore en contexte institutionnel. Une personne devenue aînée est d’abord une personne adulte majeure et vaccinée et ses choix, besoins et désirs doivent être respectés.

Des stéréotypes persistants

Isabelle Wallach mentionne également que le risque que les personnes aînées puissent internaliser les stéréotypes associés à la sexualité chez les aînés, poussant ceux-ci à se refermer sur eux-mêmes et à ne plus vouloir en parler. Cependant, il faut noter que plus du quart (26%) des personnes âgées entre 75 et 85 ans ont une activité sexuelle.

Aujourd’hui, il faut également savoir que les personnes sont sexuellement actives plus longtemps, car les mœurs ont changé, on vit sa sexualité pas seulement au moment de fonder une famille. La sexualité et l’érotisme doivent s’inscrire dans la continuité de la vie, même si leur conception évolue dans le temps et selon l’envie de chacun. La liberté associée à la sexualité devrait être considéré comme un droit individuel et ce, durant tout l’âge adulte.

Tous à l’ouvrage !

Le CREGÉS a offert une vitrine à une grande variété d’intervenants reflétant la diversité sexuelle des personnes aînées : gais, lesbiennes, trans, l’intimité des proches aidants, le VIH, etc. Le colloque « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la sexualité… des aînés » avait pour objectifs de sensibiliser aux différentes réalités vécues par les aînés en matière de sexualité, d’ouvrir le dialogue entre les acteurs de divers milieux et de proposer des situations d’intervention et des moyens d’améliorer les pratiques.  Un mandat qui s’avère relevé avec succès ! Par contre, les milieux scientifique et de l’intervention-terrain devront continuer à s’allier afin de mieux faire connaître les réalités et multiples façons d’aborder la sexualité chez les aînés auprès des travailleurs et familles entourant les aînés. De nombreuses démarches et actions de sensibilisation restent à faire.

« Habiter la ville », un premier forum de locataires aînés d’OSBL d’habitation à Montréal

Brochure «La différence communautaire» du Réseau québécois des OSBL d’habitation

Cette année, la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal (FOHM) soulignait son 25e anniversaire d’existence. L’organisme, nouvellement membre de la TCAÎM, a tenu dernièrement son 1er forum des locataires aînés, un rendez-vous d’échanges sur les problématiques et enjeux auxquels doivent faire face les personnes aînées et qui ont un impact certain sur leur qualité de vie, leur réseau social, leur santé, leur bien-être économique et plus encore. Un forum pour les aînés… et par les aînés, puisqu’ultimement, le but consiste à ce que les locataires puissent s’approprier le concept afin de le reproduire, le construire et l’organiser eux-mêmes.

Ce premier forum a permis de rassembler une cinquantaine de locataires aux âges variés provenant des quatre coins de l’île de Montréal. Bien qu’ils habitent dans des lieux différents, les situations vécues et les perceptions liées au vieillissement comportent plusieurs similitudes entre les participants présents à l’événement.  Voyons voir…

Qu’est-ce qu’un OSBL d’habitation ?
« Un OSBL d’habitation est un organisme d’action communautaire autonome qui a pour mission d’offrir du logement abordable et sécuritaire à des personnes à faible revenus. Les OSBL d’habitation sont caractérisés par un mode de gestion démocratique, c’est-à-dire qu’ils offrent aux locataires une place dans la gestion de l’organisation : sièges au conseil d’administration, droit de vote des membres de l’organisme aux assemblées générales, etc. Les OSBL d’habitation constituent une forme de logement social et communautaire, lequel se définit par une formule de propriété collective qui a une mission sociale et ne poursuit aucune finalité de profit. » (source : www.rqoh.com)

Les termes pour nommer les aînés ne font pas l’unanimité

L’animateur de ce premier forum, l’intervenant social au FOHM, Stéphane Petit, a lancé ce premier forum avec une introduction énergique et rassembleuse. Il demande d’abord aux aînés dans la salle, par quels qualificatifs ou noms ils souhaitent être interpellés. On note plusieurs expressions positives : « les expérimentés », « les sages », « trésors cachés », « les papis et les mamies », « retraités », « jeunesse recyclée », « jeunesse prolongée »… bref, les mots abondent et les réactions sont parfois en accord ou en désaccord. Difficile de s’entendre sur un mot qui convient à tout le monde. Ce remue-méninge d’expressions alternatives au terme « aînés » permet d’en conclure que les gens dits « d’un certain âge » sont d’abord des personnes comme toutes les autres qui ne devraient pas être qualifiées que par leur âge, mais plutôt par leur histoire et leur expérience respective. Il convient de rappeler encore que la vieillesse n’est pas une maladie ou une étiquette dénigrante, mais elle est davantage «un état» et même devrait-on ajouter, «un privilège» lorsque la santé est favorable.

Durant ce forum, 4 ateliers sur des thématiques distinctes ont été proposés aux participants :

1)      La sécurité, ça vous concerne ?
2)      Comment ça se passe chez vous, la citoyenneté ?
3)      L’habitat et l’habiter : prendre sa place dans la cité
4)      Quel bilan pour les générations suivantes et sur votre expérience ?

Retour sur ma participation à l’atelier sur l’expérience des aînés

Dans l’atelier numéro 4, auquel j’assistais, les membres du groupe sont revenus sur la question des qualificatifs concernant les personnes âgées. Ces hommes et femmes ont souligné à nouveau qu’il n’était pas nécessaire de qualifier une personne par son âge, mais par la somme de sa vie, des difficultés et expériences réalisées. Le vécu d’un individu est certainement une force, mais ce vécu n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur. On préfère souvent catégoriser les gens : enfants, jeunes, adultes dans la vie active et retraités. Pourtant, les participants de cet atelier ont évoqué qu’ils souhaitaient sortir de ces cases, qu’il était important de s’ouvrir à la jeunesse et vice-versa.

Nombreux sont les aînés qui ont beaucoup à donner

Dans notre société, nous avons souvent une fâcheuse tendance à infantiliser les aînés, ce qui choque beaucoup de personnes d’un âge plus avancé qui ont pourtant beaucoup à offrir autour d’eux. D’ailleurs, une dame du groupe était fière de partager qu’elle offrait des cours de taï chi aux locataires de sa maison de retraite. Un monsieur a quant à lui décidé de proposer des cours de peinture gratuitement aux personnes habitant dans sa résidence. Pour ces personnes, elles sont satisfaites de pouvoir contribuer au mieux-être de leurs voisins et de partager leur talent à d’autres. Quelle que soit l’étape de notre vie, le contexte social est un élément important au bien-être d’un individu.

Les participants de l’atelier ont aussi identifié le besoin de créer davantage de réseaux intergénérationnels et d’encourager la mixité des âges dans leur milieu de vie. La plupart d’entre eux ont affirmé avoir participé à construire la société d’aujourd’hui et qu’ils considèrent la retraite comme un champ immense de possibilités où ils ont plus de temps pour faire ce qu’ils aiment réellement.

Quelques avantages d’« être aîné » énoncés par les participants :
« On perd peu à peu l’envie des autres et la jalousie… l’orgueil s’atténue avec l’expérience… »
« On bénéficie d’une plus grande liberté mentale, la plupart du temps, moins de soucis nous tracassent… »
« On a accès à des rabais intéressants, notamment dans les institutions culturelles et pour certains services…»

L’image de la vieillesse s’est aussi modifiée avec le temps. Une femme de 79 ans indique qu’elle se sent comme une personne de 42 ans, elle a arrêté de compter à cet âge ! Il y a quelques décennies, avoir 60 ans, était considéré comme «vieux». De nos jours, cette perception est loin d’être la même.

Un forum inspirant et une expérience à renouveler

S’associer entre résidents d’OSBL d’habitation est certainement une idée qui permet aux personnes aînées de s’exprimer, d’organiser un front commun des comités de locataires afin d’éviter que leurs voix soient banalisées et infantilisées. Qu’on ait 20 ans ou 70 ans, les droits individuels et collectifs, la liberté d’expression, le droit de se faire entendre et les processus démocratiques sont des facteurs essentiels à l’épanouissement de chacun. L’objectif derrière ce premier forum est de rassembler les points de vue énoncés par les aînés et de les porter aux instances décisionnelles municipales afin qu’ils puissent cerner et comprendre véritablement les besoins des personnes aînées et leur atout indéniable à notre héritage collectif, ainsi qu’à la cohésion sociale dans la cité.

Sensibilisez votre milieu de travail à l’âgisme !

Depuis 2011, l’Association québécoise de gérontologie (AQG) déploie une importante campagne de sensibilisation à l’âgisme, intitulée : L’âgisme, parlons-en!

D’où provient l’idée de cette Campagne ?

Suite aux recommandations émises par les 150 participants au Colloque de 2010, organisé par l’AQG et portant sur L’adaptation des environnements de travail à la main-d’œuvre vieillissante, l’AQG a placé les milieux de travail comme l’un des trois milieux prioritaires pour déployer sa Campagne.

En effet, l’ensemble des acteurs présents à ce colloque, tous représentants de divers milieux de travail au Québec, ont confirmé l’urgence d’agir pour lutter contre les préjugés tenaces et non fondés sachant que la majorité des milieux de travail sont des lieux propices à la « prolifération » d’attitudes et de comportements âgistes, risquant de nuire de plus en plus aux environnements de travail et à la société en général, surtout dans un contexte de vieillissement de la population.

L’AQG insiste sur l’importance de savoir tirer profit d’une saine collaboration intergénérationnelle et de permettre aux travailleurs expérimentés ou plus âgés qui le souhaitent de demeurer en emploi dans des conditions favorables à leur plein épanouissement.

Le phénomène de l’âgisme n’est pas nouveau…

Depuis de nombreuses années, les préjugés s’accumulent et se ressemblent. Trop souvent, ils s’adressent aux travailleurs plus âgés d’une organisation ou entreprise, par des phrases comme : « Les préretraités ne sont plus motivés et sont technophobes!  Pourquoi devrais-je offrir une formation à un employé de plus de 50 ans? » Mais, ils peuvent aussi viser les plus jeunes travailleurs, par exemple : « Les jeunes de la génération Y refusent l’autorité et les conseils. Ils ne sont pas fidèles à l’entreprise et sont plutôt instables! »

Que ce soit par les paroles, les gestes, les comportements et les attitudes, pour la plupart très insidieux, les exemples ne manquent pas, comme le constate l’équipe du projet de l’AQG.

Un nouveau volet sur la sensibilisation en milieu de travail

Après le lancement d’une exposition itinérante de 7 affiches et capsules audio, produites par des étudiants dans le cadre d’un travail de session réalisé pour l’AQG, cette dernière vient de lancer une nouvelle série de quatre affiches en noir et blanc présentant à la fois des photos de personnes plus jeunes et plus âgées accompagnées de différents slogans qui visent à faire réfléchir sur nos préjugés.

Ce nouveau volet de la Campagne vise à sensibiliser autant les employeurs, les responsables de ressources humaines que les travailleurs de tous les âges, aux différentes formes que peut prendre l’âgisme et à ses multiples effets au sein d’une équipe de travail multigénérationnelle.

Comment peut-on lutter contre l’âgisme ?

L’AQG suggère plusieurs  pistes pour reconnaître et contrer l’âgisme dans les milieux de travail.

Voici celles que nous retenons en priorité :

  • Reconnaître et faire connaître l’âgisme, ses facettes et ses conséquences;
  • Encourager le dialogue et la collaboration intergénérationnelle en formant des équipes de travail diversifiées : la connaissance de l’autre est la façon la plus efficace d’enrayer les préjugés.
  • Éviter le profilage par l’âge en valorisant plutôt la capacité, la compétence et l’expérience.
  • S’assurer qu’une politique non discriminatoire soit en place (soutien aux travailleurs, amélioration des environnements de travail, etc.)
  • Instaurer des pratiques de ressources humaines équitables qui attirent et fidélisent toutes les générations : les horaires flexibles, les programmes de formation et de développement de carrière, les marques de reconnaissance, une organisation du travail qui laissent une certaine place à l’autonomie et à l’initiative….

L’AQG lance une page Internet dédiée à la Campagne !

Pour devenir un acteur clé de la lutte contre l’âgisme, téléchargez les outils de communication disponibles à l’adresse : www.agisme.info

L’âgisme touche tout le monde à tous les âges…

Informez-vous! Outillez-vous! Participez! Soutenez la Campagne!

Mais surtout… PARLEZ-EN!

Occupation : proche aidant

Vers une plus grande reconnaissance de cette fonction d’aide incontournable dans notre société

On dénombre près d’un million de proches aidants au Québec.  Ils fournissent plus de 80% des soins dont ont besoin les personnes avec des problèmes de santé prolongés et leur travail équivaut à une économie de 5 milliards de dollars pour le système de soins de santé canadiens. (AQDR, 2011)

Lorsqu’on est proche aidant et qu’on dispense des soins à sa mère, ou : à son père, à son mari, sa conjointe, son enfant ou un tout autre proche. Il est probable que l’on se retrouve dans la difficulté de concilier les tâches de proches aidants et celles de notre poste de travail. Pour plusieurs proches aidants, ceux-ci doivent même renoncer à leur travail à temps plein pour se consacrer à temps complet à leur proche malade, ce qui engendre des conséquences importantes.

« Les proches aidants, qu’on nomme parfois aidants naturels, sont des non professionnels, non rémunérés, généralement des membres de la famille, filles, épouses, belles-filles qui soutiennent un proche en perte d’autonomie, avec des incapacités ou en fin de vie. »*

Un nouvel outil de sensibilisation à la  conciliation travail et responsabilités de proche aidant, développé par le Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal (R.A.A.N.M.), un organisme qui contribue à l’amélioration des conditions de vie des aidantes et des aidants, a été dévoilé publiquement cette semaine à la Maison du développement durable.

En quoi consiste cet outil d’information et de sensibilisation ?

Cet outil se compose d’un dépliant et d’une capsule vidéo témoignage. Sur la page couverture du dépliant, on y retrouve 10 repères qui permettent d’identifier une personne proche aidante et qui permettront à la fois aux proches aidants ainsi qu’à leurs employeurs de mieux comprendre leur réalité.

À l’intérieur du dépliant, on y retrouve : des mesures de communication proactives suggérées à la personne proche aidante afin de partager sa réalité avec son entourage personnel et professionnel; des faits concernant le marché du travail; des mesures d’aménagement du temps de travail (ex. : horaires flexibles) et les types de congés possibles. Quelques ressources sont également inclues à l’intérieur du document.

La capsule vidéo du R.A.A.N.M., disponible sur YouTube et sur Facebook, présente Lucie Chainey, présidente de l’organisme et proche aidante depuis plus de 20 ans auprès de son conjoint atteint de sclérose en plaques. Comme elle le souligne dans la vidéo, une personne proche aidante a besoin de beaucoup de support et de l’ouverture de la part de son employeur. Elle explique qu’elle a dû quitter son emploi face à la pression du travail, même si elle n’avait pas envie de laisser tomber son boulot. Selon Isabelle Létourneau, post-doctorante à la Chaire de gestion de la santé et de la sécurité du travail de l’Université Laval, les employeurs devraient penser au programme d’aide aux employés afin d’adapter certaines conditions d’emploi des proches aidants à leur besoin respectif.

Un projet issu de la consultation et de la concertation

En 2012, le Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal a organisé trois rencontres régionales de consultation auprès des proches aidants en emploi, des représentants syndicaux et des employeurs de l’île de Montréal, desquels a découlé un document synthèse. Quatre ans auparavant, un comité spécial pour contrer l’appauvrissement des proches aidants avait été mis sur pied. De plus, le R.A.A.N.M. a été mandaté en 2010 afin de travailler sur le maintien des proches aidants en emploi. Contraints bien souvent de diminuer leurs heures de travail, les personnes proches aidantes voient leur revenu significativement diminuer. Suivant la création de l’outil de sensibilisation « conciliation, travail et responsabilités de proche aidant » et de sa tournée d’information, la  finalité du projet, prévue cette année, consistera en la mise sur pied d’une concertation conciliation travail et responsabilités de proche aidants.

Communiqué de presse de la conférence de presse du R.A.A.N.M.

*Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services sociaux. Chez soi, le premier choix. La politique de soutien à domicile, Québec, 2003, p.6

Noël d’antan vs Noël contemporain: notre culture engendre-t-elle de la solitude chez les aînés ?

Les célébrations des Fêtes sont souvent synonymes d’abondance, de bons repas, de soirées festives en famille et entre amis, bref, de grands moments rassembleurs. Cette vision dorée et lisse de Noël n’est pas nécessairement partagée par tous. Pour plusieurs aînés, les Fêtes deviennent plutôt une période difficile où la solitude prend le dessus en raison de l’éloignement du noyau familial, de la perte d’êtres chers ou d’amis ou l’isolement de certains en maisons de retraite. Au cours de leur vie, de nombreux aînés ont fêté Noël en famille, autour d’un repas, sans oublier la traditionnelle messe de minuit. Il est parfois bien de se rappeler que l’aspect religieux des Fêtes demeure  important pour certaines personnes aînées.

Un reportage de Radio-Canada présentait en 2011 Mme Monique Labbé, une aînée résidante de la ville d’Edmonton, ayant perdu son mari il y a quelques années, qui conseillait aux aînés de faire un effort pour s’ouvrir aux autres et ce, malgré le fait que ce soit une tâche parfois pénible. Établir des relations avec des gens lorsqu’on est aîné est primordial, pas seulement pendant les Fêtes, mais tout au long de l’année. Le manque de connexions personnelles de plusieurs aînés à l’âge avancé et la dépression associée qu’ils peuvent vivre, représente toujours un sujet tabou dans notre société. Chaque année, certaines de ces personnes décident même de se priver volontairement de nourriture ou de sommeil, symptômes d’une détresse psychologique. Tenant en compte cette réalité, nous devrions davantage faire preuve de vigilance et d’empathie envers les aînés en ce temps de réjouissance.

À ce sujet, l’organisme Les petits frères organise, comme à chaque année, le 24 décembre, des visites bénévoles  accompagnées de cadeaux à ses Vieux Amis qui ne peuvent pas sortir de chez eux. Le lendemain, un événement spécial pour les aînés est également prévu à l’hôtel Sheraton. Dans un tout autre concept, le Regroupement provincial des comités des usagers du réseau de la santé et des services sociaux (RPCU) a initié, cette année, une campagne Facebook intitulée Visitons nos aînés, adressée aux Québécois et Québécoises afin  de les encourager à rendre visite à leur proches aînés vivant en hébergement ou à leur domicile.

Les Noël ne sont peut-être plus comme autrefois, mais il importe de se rappeler nos valeurs de solidarité et de respect, et de redonner vie à nos souvenirs de jeunesse ainsi qu’aux personnes qui ont cultivé nos traditions, reflets de ce que nous sommes aujourd’hui.

Nous vous souhaitons de tout cœur un excellent temps des Fêtes !

Dîner de Noël du conseil d’administration

 

LaSalle invite ses citoyens aînés à s’exercer en plein air !

Le 24 octobre dernier avait lieu à LaSalle l’inauguration de stations d’exercices extérieures destinées aux aînés de l’arrondissement. Situés à proximité du Fleuve St-Laurent, au coin de la rue Gagné et du boulevard LaSalle, ce projet a pu être réalisé grâce au soutien financier du Programme Infrastructure Québec-MADA et des élus de l’arrondissement.

Le concept au cœur de la démarche MADA est celui du vieillissement actif de la population aînée d’une municipalité. Il s’agit d’un concept composé de trois éléments indissociables soit la santé, la sécurité et la participation. Les municipalités qui s’engagent dans la démarche doivent adapter leurs politiques, leurs structures et leurs services municipaux qui touchent à l’environnement physique, social et organisationnel afin que les aînés puissent vieillir en étant actif.

Afin d’aller à la rencontre des besoins des aînés du quartier, les instances municipales sont fortement encouragées à travailler en concertation avec les organismes locaux notamment avec les Tables locales Aînés. Dans le cadre de ce projet «Stations d’exercices plein air pour aînés », la Table de concertation des Aînés de LaSalle a été consultée en amont afin notamment de déterminer l’emplacement du site. Lors de l’inauguration un employé de l’Arrondissement nous mentionnait que lors de la conception, l’emphase avait été mis sur la durabilité des installations puisqu’elles seront maintenues à l’extérieur de façon permanente.

Un récent portrait de l’offre en sports et loisirs pour les Aînées de l’arrondissement LaSalle a été réalisé par le Conseil des Montréalaises. Comme l’on peut voir sur la carte suivante, le cercle mauve représente une «zone de concentration [d’aînées] non desservie» et donc isolées d’un accès optimal en sports et loisirs. Hors, malheureusement, les nouvelles stations d’exercice se trouvent bien loin de leur résidences tout comme des zones bien desservies du quartier d’ailleurs (en orange).

Néanmoins, nous espérons que le projet puisse connaitre un vif succès et que ces installations permettent non seulement d’améliorer la condition physique des résidents mais également qu’ils favorisent les relations intergénérationnelles.

Pleins feux sur le style… à tout âge

La designer et ses mannequins. De gauche à droite : May Haddad, Joséphine Saardi, Fernande D. Rochon, Geneviève Delmas-Patterson, Josette Bourdage, Denise Destrampes et Louise Trudeau. Crédits photo : Geneviève

Plus on vieillit, plus notre corps change d’apparence. Il n’est pas toujours facile de s’habiller dans les boutiques quand notre taille devient moins définie, lorsqu’on perd de la fermeté aux bras et de la masse musculaire ou quand notre poitrine s’abaisse au fil du temps. C’est vrai, nous n’avons pas la même silhouette à 25 ans, à 45 ans, à 65 ans, à 85 ans…  que nous soyons un homme ou une femme. Quel impact cela a-t-il sur sa façon de s’habiller ?

Selon May Haddad, designer de vêtements Leo Danal, « il est important de tenir compte des changements du corps ». La designer était la conférencière de l’événement « La mode à tout âge », organisé par un de nos organismes membres, l’Observatoire Vieillissement et Société. Leo Danal est une marque de vêtements spécialisée pour les femmes âgées de 55 ans et plus. May Haddad est une des rares designers qui se spécialise dans la mode adaptée à cette clientèle.

L’époque des ensembles au même motif à fleurs qui faisaient très « petit kit », jupes plissées et robes à motif imprimé est révolue! Les femmes aînées souhaitent, depuis déjà plusieurs années, suivre les dernières tendances et adopter un style sans restriction, sans toutefois être trop révélateur. Pour certaines, trouver des vêtements qui nous mettent en valeur dans les magasins n’est pas chose facile. De plus, il faut savoir que les tailles sont rarement ajustées en fonction des besoins du corps des femmes âgées.

May Haddad a gradué du Collège Lasalle en Design de la Mode en 1996. Après avoir exploré le dessin de vêtements pour différentes catégories d’âge, elle s’associe en 2008 avec la marque Leo Danal pour se consacrer aux vêtements destinés aux femmes de plus de 50 ans, un créneau dans lequel la demande est croissante et pourtant où l’offre demeure assez mince.

Comment conçoit-elle ses vêtements ?

May adapte ses patrons au corps de la femme aînée. Par exemple, elle ajoute des épaulettes pour définir la forme des épaules, elle retire les pinces des chemisiers, elle agrandit la largeur des manches et allonge celles-ci, etc.

Balancer adéquatement sa silhouette

Pantalons ajustés, haut aux couleurs vives et à motif abstrait et bottes cavalières, Fernande D. Rochon arbore une tenue inspirée des plus récentes tendances de la mode. Crédits photo : Geneviève L.

May nous a donné de bonnes pistes d’habillement en fonction des principaux types de silhouette :

  • Silhouette Poire (hanches plus larges que le haut du corps) : Optez pour des chandails ou blouses avec épaules ou buste plissés, à motifs ou de couleurs vives pour attirer l’attention vers le haut.
  • Silhouette Pomme (buste plus large et bas du corps plus étroit) : Ajoutez du volume aux hanches, mais évitez des grosses ceintures.
  • Silhouette Banane (taille moins définie) : Accentuez davantage la taille pour la définir.
  • Silhouette Sablier : Vous avez l’embarras du choix, car vous êtes assez bien balancés en haut et en bas!

Regards sur la mode : Bref entretien avec les mannequins

Pour l’occasion, May Haddad, en collaboration avec l’OVS, a demandé à six femmes âgées de plus de 55 ans de défiler quelques vêtements de la collection.

Nous en avons rencontré quelques-unes avant le défilé.

Louise Trudeau, 66 ans, était à sa première participation à un défilé de mode. Pour elle, la vie après sa retraite lui permet d’accomplir des choses qu’elle n’aurait pas eu le temps de faire avant. Pourquoi pas mannequin d’un jour! Contrairement à plusieurs femmes, elle arrive encore à trouver son compte dans les magasins.

Louise Trudeau a choisi cette tenue pour ses détails féminins et son goût pour le blanc. Crédits photo : Geneviève L.

Vos séances de magasinage se passent-elles de la même façon qu’avant ?

Oui. Je ne rencontre pas de difficulté à me vêtir dans les boutiques. Je ne vois aucun changement encore lié à mon âge, donc j’arrive toujours à trouver ce que je veux.

Louise n’a jamais porté le jeans, car elle voulait porter autre chose que ce que les autres portaient. Son corps n’a pas vraiment changé, donc elle porte des vêtements plus anciens et achète en moins grande quantité, mais toujours d’aussi bonne qualité.

 

Joséphine Saardi, 75 ans, d’origine libanaise, était aussi à sa première participation à un défilé. Joséphine est la mère de May. Elle arbore fièrement sa chevelure colorée rouge.

Joséphine Saardi ravissante dans une tenue conçue par May Haddad. Crédits photo : Geneviève L.

Quel est votre principal critère lorsque vous magasinez ?

Les vêtements tendance. Je ne crois pas que la femme doit se sentir âgée et se restreindre dans ses choix vestimentaires. Elle doit y aller plutôt avec sa silhouette et sa personnalité. Il n’y a pas d’âge pour oser, il faut rester positif et choisir ce que l’on aime.

Denise Destrampes, également mannequin pour May Haddad, dit faire ses vêtements sur mesure quand elle en a le budget. Selon Denise, la collection présentée par May Haddad est appropriée pour les femmes aînées dont la morphologie change au fil du temps.

Denise Destrampes défilant devant le public et présentant les détails de la confection de son ensemble élégant.

Que pensez-vous de l’image de la mode féminine offerte par les boutiques actuelles ?

Il est souvent difficile de trouver une robe avec des manches pour les femmes qui souhaitent camoufler leurs bras. Généralement, la mode est cristallisée à 40 ans!

May Haddad se rend souvent à l’étranger pour assister à des conférences en Europe et se tient à l’affût des dernières tendances. Les vêtements conçus par May Haddad sont offerts à un prix très abordable, ne demandent pas de repassage et peuvent se transporter en voyage sans se froisser. Leo Danal offre des vêtements dans des tissus variés autres que le polyester et la marque est aussi destinée aux tailles fortes.

Présentement, May Haddad vend dans des résidences pour personnes âgées et offre un service de boutique à domicile Mode au Rendez-Vous.

Pour contacter May Haddad :
514-915-5344
modeaurendezvous.com
Boutique mobile de vêtements pour femmes. Pour groupes de 10 personnes et plus.

Vieillir dignement

Au Québec, la région de Montréal est, on le sait, la plus touchée par l’itinérance. Ce que l’on sait moins, c’est que ce phénomène prend de l’ampleur, et que les organismes  venant en aide aux personnes démunies accueillent de plus en plus de personnes aînées itinérantes. En effet, de nombreux aînés vivent seuls et possèdent un faible revenu. Les personnes qui vieillissent seules sont plus sujettes à se retrouver en situation de pauvreté ou à souffrir d’exclusion sociale. Ils représentent donc une population vulnérable, concernée de près par le phénomène d’itinérance.

Quelles sont les causes de l’itinérance ?

Les aînés vivant en situation d’itinérance le sont pour diverses raisons et souvent, pour plusieurs raisons à la fois. Par exemple, une personne aînée peut se retrouver dans la rue à la suite de la dégradation de sa propre santé physique qui n’est pas soignée, d’une dépendance aux drogues , à l’alcool et/ou au jeu, au manque d’accès à un logement abordable, à la perte d’un être cher ou de conflits familiaux, de problèmes de santé mentale, etc. Plusieurs facteurs sociaux, économiques et politiques expliquent le phénomène de l’itinérance, notamment la désinstitutionalisation qui a laissé à eux-mêmes de nombreuses personnes souffrant de troubles mentaux sévères. Pour en savoir davantage sur les différentes causes de l’itinérance, cliquez ici.

Une population croissante de femmes itinérantes aînées

Parmi les personnes aînées, le nombre de femmes itinérantes s’accroît davantage que les hommes. Cela n’est pas étonnant quand on sait qu’elles sont plus nombreuses à vivre seules et à détenir un faible revenu. Selon un rapport du Secrétariat à la condition féminine publié en 2010, le revenu moyen des femmes de 65 ans et plus était d’environ 22 500$ par an, contrairement à 32 500$ pour les hommes. La pauvreté des femmes à la retraite est un fait dont on parle peu. Pourtant saviez-vous que près des trois quarts des femmes âgées vivent avec des revenus annuels inférieurs à 20 000$ ? Saviez-vous aussi que 60% des femmes de 65 ans et plus vivaient seules en 2008, alors que c’est le cas de 29% des hommes du même âge ? (Secrétariat à la condition féminine. L’égalité entre les femmes et les hommes au Québec : Faits saillants. 2010)

Un rapport de l’Armée du Salut de 2008 présentait déjà ce phénomène : « Au Québec, on assiste à une féminisation de l’itinérance. Les centres d’hébergement pour femmes gérés par l’Armée du Salut à Montréal et à Québec ont enregistré des taux d’occupation maximaux ». (Le phénomène de l’itinérance au Québec, Armée du Salut – division Québec, 2008)

Le 24 novembre dernier, plusieurs ressources spécialisées dans l’aide aux femmes itinérantes, soient,La rue des Femmes,L’Auberge Madeleine,Chez Doris,Le Chaînon et lesMaisons de l’Ancre ont dénoncé en conférence de presse le manque de ressources pour combler les besoins croissants des femmes en situation d’itinérance comprenant les femmes aînées.

Briser l’isolement et retrouver sa dignité

Par ailleurs, l’organisme P.A.S. de la rue, voué aux personnes de 55 ans et plus en situation d’itinérance ou de grande pauvreté, a inauguré le 23 novembre dernier son nouveau centre au 1575, boulevard René-Lévesque, dans le quartier Centre-Sud de Montréal, où se trouve une forte proportion de personnes itinérantes. L’organisme offre plusieurs ressources d’aide et d’accompagnement, notamment à l’égard de l’alimentation, de la santé et du logement.

Le P.A.S. de la rue offre également un programme d’action vers l’autonomie pour les personnes âgées de 50 ans et plus afin de trouver des pistes de solutions concrètes pour les aider à sortir dela précarité. De plus, l’organisme détient aussi un programme d’employabilité chez les travailleurs âgés. Josiane Akrich, intervenante au P.A.S. de la rue, confirme qu’il y a une croissance de la précarité à Montréal, puisque l’organisme accueille toujours de nouveaux usagers qui vivent, pour plusieurs, avec un revenu annuel de moins de 10 000$, soit sous le seuil de la pauvreté. Notons que la clientèle de l’organisme est toutefois encore majoritairement masculine. L’itinérance chez les femmes serait-elle un plus grand tabou ?

Unis pour la même cause

De nombreux organismes tels que Le P.A.S de la rue, la Maison du Père, l’Armée du Salut, Mission Old Brewery, La Rue des Femmes, le Chaînon et bien d’autres, accompagnent et améliorent la qualité de vie des personnes itinérantes. Il s’agit d’un travail quotidien, de longue haleine, dans lequel le service offert autant que le suivi apporté sont nécessaires.

Le soutien envers ces organismes est essentiel pour lutter collectivement contre le phénomène de l’itinérance, particulièrement chez les aînés. L’approche des Fêtes s’avère un prétexte idéal pour s’interroger sur la question et surtout, poser un geste envers ceux qui œuvrent pour les plus démunis.