Le décès d’un monument de l’architecture moderne à 104 ans tel que l’architecte brésilien Oscar Niemeyer ne passe pas inaperçu. D’abord pour son apport considérable à l’art du bâtiment, mais aussi pour l’audace dont il a fait preuve dans son travail tout au long de sa longue carrière et le fait qu’il ait complété un de ses derniers projets pour la ville de Brasilia à l’âge de 99 ans. Le départ de ce grand artiste nous fait réfléchir sur les limites humaines et surtout, sur l’impressionnant allongement de la vie qui n’a pourtant plus rien d’un phénomène d’exception.
«J’essaie de m’adapter et de penser comme si j’étais plus jeune, cela fait une différence. Les intérêts pour la vie que j’avais quand j’étais jeune sont les même que j’ai aujourd’hui.» – Oscar Niemeyer
Toujours dans le secteur des arts, vous avez peut-être déjà entendu parler de Manoel de Oliveira, auteur du film Amour de perdition (1978). Né en 1908 au Portugal, il est le seul réalisateur dont la carrière s‘étend du cinéma muet à l’ère du numérique. Pour lui, sa passion du cinéma demeure la clé de sa longévité. Son plus récent film, Gebo et l’ombre met en vedette des actrices aux parcours cinématographiques incomparables, Claudia Cardinale (74 ans) et Jeanne Moreau (84 ans).
Il y a une dizaine d’années, on commençait à parler du «boom des centenaires». Phénomène nouveau, on se plaisait à vénérer des personnalités ayant atteint un âge très avancé, tenant de l’exploit. Aujourd’hui, bien que ce phénomène soit mieux connu, il n’en demeure par moins fascinant et surtout, révélateur de l’évolution humaine et de son «existence élastique».
Au Canada, on a observé qu’entre 2006 et 2011, le deuxième groupe d’âge ayant le taux de croissance le plus élevé, après les personnes âgées entre 60 et 64 ans (29,1%), était le groupe des centenaires (25,7%). L’an dernier, au centre d’hébergement Hôtel-Dieu à Saint-Hyacinthe, on avait également souligné l’anniversaire de douze centenaires âgés entre 100 et 107 ans. Ce genre d’événement est de plus en plus courant. Il faut savoir par contre, que bien que cet allongement exceptionnel de la vie nous démontre la possibilité réelle de vivre jusqu’à 100 ans, la plupart des personnes ayant atteint cet âge nécessitent une attention particulière à l’égard des soins requis au quotidien. Il faut préciser que nous vivons de plus en plus vieux, mais pas tous dans les mêmes conditions physiques et mentales.
Parmi les centenaires dénombrés lors du dernier recensement, on compte beaucoup plus de femmes que d’hommes (4 870 contre 955), puisqu’elles jouissent entre autres d’un taux de mortalité plus faible que les hommes. La majorité des personnes centenaires habitent dans les provinces de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Québec, mais le taux de centenaires par 100 000 habitants serait le plus élevé en Saskatchewan où l’espérance de vie est nettement supérieure aux autres provinces depuis le 20e siècle. Savoir que nous vivons de plus en plus âgé et ce, en plus grand nombre qu’avant, nous incite à chercher des façons de bénéficier du bagage d’expériences des personnes âgées de plus de 80 ans et de tisser des liens entre les générations plus jeunes. De réels trésors se cachent derrière ces nombreuses personnes ayant vécu autant de transformations sociales et culturelles au cours d’une vie.
Question posée à Manoel de Oliveira :
Le passé et le présent se confondent-t-ils ?
L’homme du passé n’est pas différent de l’homme d’aujourd’hui. Il a les mêmes caractéristiques. Un grand philosophe espagnol, Ortega y Gasset, disait « l’Homme et sa circonstance ». La circonstance détermine les situations. La technique a beaucoup évolué, aujourd’hui les téléphones portables peuvent tout faire sauf nous nourrir. L’homme doit tuer la petite bête ou manger des petites herbes. En quelque sorte on est condamné à vivre et on vit heureux, heureux de vivre et heureux du fait d’être vivant.









