Table de concertation des aînés de l'île de Montréal

Briser la glace sur la sexualité des aînés

Consacrer une journée de débats et de réflexions sur la sexualité des aînés est le pari que s’est donné le Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale (CREGÉS) le 26 avril dernier. Le colloque « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la sexualité des aînés », animée par la sexologue et auteure Jocelyne Robert, a constitué une première occasion de discuter ouvertement d’un sujet encore aujourd’hui considéré comme tabou, bien que la représentation de la sexualité n’ait jamais été aussi forte dans notre société.

Vieillissement et sexualité : heureux ménage ?

Les idées reçues lorsqu’on pense aux aînés comblant toujours leurs désirs et le besoin d’être désirable entraînent souvent un grand malaise. Nombreux d’entre nous rejettent l’idée que nos parents plus âgés puissent continuer à avoir des rapports sexuels ensemble ou même nos grands-parents, par exemple. Pourtant la sexualité fait partie inhérente des êtres humains et ne disparaît pas arrivé à un certain âge.

Dans sa présentation, Isabelle Wallach, chercheure affiliée au CREGÉS et professeur en sexologie à l’Université du Québec à Montréal met la table en réalisant un portrait sur la sexualité vécue par les aînés et les différents mythes et réalités entourant ce sujet. Il est vrai qu’avec le vieillissement, de nombreux changements physiques et défis surviennent. Toutefois, il serait faux de prétendre que la sexualité des personnes aînées est automatiquement non génitale ou que les aînés seraient nécessairement asexués, c’est-à-dire qu’ils ne ressentent pas d’attirance sexuelle pour les autres.

La conception de la sexualité serait-elle âgiste ?

Les images représentant la sexualité sont très souvent associées à la beauté et à la jeunesse.  De plus, la sexualité se rattache à sa propriété reproductive. Lorsque vient la ménopause chez les femmes, par exemple, les pratiques sexuelles devraient-elles diminuer ? Il s’agit bien sûr d’un choix individuel touchant aussi bien les hommes que les femmes.

Les différents conférenciers et autres participants du colloque ont souligné le fait que nous infantilisons encore trop les personnes aînées vivant encore à domicile, mais davantage encore en contexte institutionnel. Une personne devenue aînée est d’abord une personne adulte majeure et vaccinée et ses choix, besoins et désirs doivent être respectés.

Des stéréotypes persistants

Isabelle Wallach mentionne également que le risque que les personnes aînées puissent internaliser les stéréotypes associés à la sexualité chez les aînés, poussant ceux-ci à se refermer sur eux-mêmes et à ne plus vouloir en parler. Cependant, il faut noter que plus du quart (26%) des personnes âgées entre 75 et 85 ans ont une activité sexuelle.

Aujourd’hui, il faut également savoir que les personnes sont sexuellement actives plus longtemps, car les mœurs ont changé, on vit sa sexualité pas seulement au moment de fonder une famille. La sexualité et l’érotisme doivent s’inscrire dans la continuité de la vie, même si leur conception évolue dans le temps et selon l’envie de chacun. La liberté associée à la sexualité devrait être considéré comme un droit individuel et ce, durant tout l’âge adulte.

Tous à l’ouvrage !

Le CREGÉS a offert une vitrine à une grande variété d’intervenants reflétant la diversité sexuelle des personnes aînées : gais, lesbiennes, trans, l’intimité des proches aidants, le VIH, etc. Le colloque « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la sexualité… des aînés » avait pour objectifs de sensibiliser aux différentes réalités vécues par les aînés en matière de sexualité, d’ouvrir le dialogue entre les acteurs de divers milieux et de proposer des situations d’intervention et des moyens d’améliorer les pratiques.  Un mandat qui s’avère relevé avec succès ! Par contre, les milieux scientifique et de l’intervention-terrain devront continuer à s’allier afin de mieux faire connaître les réalités et multiples façons d’aborder la sexualité chez les aînés auprès des travailleurs et familles entourant les aînés. De nombreuses démarches et actions de sensibilisation restent à faire.

Sensibilisez votre milieu de travail à l’âgisme !

Depuis 2011, l’Association québécoise de gérontologie (AQG) déploie une importante campagne de sensibilisation à l’âgisme, intitulée : L’âgisme, parlons-en!

D’où provient l’idée de cette Campagne ?

Suite aux recommandations émises par les 150 participants au Colloque de 2010, organisé par l’AQG et portant sur L’adaptation des environnements de travail à la main-d’œuvre vieillissante, l’AQG a placé les milieux de travail comme l’un des trois milieux prioritaires pour déployer sa Campagne.

En effet, l’ensemble des acteurs présents à ce colloque, tous représentants de divers milieux de travail au Québec, ont confirmé l’urgence d’agir pour lutter contre les préjugés tenaces et non fondés sachant que la majorité des milieux de travail sont des lieux propices à la « prolifération » d’attitudes et de comportements âgistes, risquant de nuire de plus en plus aux environnements de travail et à la société en général, surtout dans un contexte de vieillissement de la population.

L’AQG insiste sur l’importance de savoir tirer profit d’une saine collaboration intergénérationnelle et de permettre aux travailleurs expérimentés ou plus âgés qui le souhaitent de demeurer en emploi dans des conditions favorables à leur plein épanouissement.

Le phénomène de l’âgisme n’est pas nouveau…

Depuis de nombreuses années, les préjugés s’accumulent et se ressemblent. Trop souvent, ils s’adressent aux travailleurs plus âgés d’une organisation ou entreprise, par des phrases comme : « Les préretraités ne sont plus motivés et sont technophobes!  Pourquoi devrais-je offrir une formation à un employé de plus de 50 ans? » Mais, ils peuvent aussi viser les plus jeunes travailleurs, par exemple : « Les jeunes de la génération Y refusent l’autorité et les conseils. Ils ne sont pas fidèles à l’entreprise et sont plutôt instables! »

Que ce soit par les paroles, les gestes, les comportements et les attitudes, pour la plupart très insidieux, les exemples ne manquent pas, comme le constate l’équipe du projet de l’AQG.

Un nouveau volet sur la sensibilisation en milieu de travail

Après le lancement d’une exposition itinérante de 7 affiches et capsules audio, produites par des étudiants dans le cadre d’un travail de session réalisé pour l’AQG, cette dernière vient de lancer une nouvelle série de quatre affiches en noir et blanc présentant à la fois des photos de personnes plus jeunes et plus âgées accompagnées de différents slogans qui visent à faire réfléchir sur nos préjugés.

Ce nouveau volet de la Campagne vise à sensibiliser autant les employeurs, les responsables de ressources humaines que les travailleurs de tous les âges, aux différentes formes que peut prendre l’âgisme et à ses multiples effets au sein d’une équipe de travail multigénérationnelle.

Comment peut-on lutter contre l’âgisme ?

L’AQG suggère plusieurs  pistes pour reconnaître et contrer l’âgisme dans les milieux de travail.

Voici celles que nous retenons en priorité :

  • Reconnaître et faire connaître l’âgisme, ses facettes et ses conséquences;
  • Encourager le dialogue et la collaboration intergénérationnelle en formant des équipes de travail diversifiées : la connaissance de l’autre est la façon la plus efficace d’enrayer les préjugés.
  • Éviter le profilage par l’âge en valorisant plutôt la capacité, la compétence et l’expérience.
  • S’assurer qu’une politique non discriminatoire soit en place (soutien aux travailleurs, amélioration des environnements de travail, etc.)
  • Instaurer des pratiques de ressources humaines équitables qui attirent et fidélisent toutes les générations : les horaires flexibles, les programmes de formation et de développement de carrière, les marques de reconnaissance, une organisation du travail qui laissent une certaine place à l’autonomie et à l’initiative….

L’AQG lance une page Internet dédiée à la Campagne !

Pour devenir un acteur clé de la lutte contre l’âgisme, téléchargez les outils de communication disponibles à l’adresse : www.agisme.info

L’âgisme touche tout le monde à tous les âges…

Informez-vous! Outillez-vous! Participez! Soutenez la Campagne!

Mais surtout… PARLEZ-EN!

Une publicité qui ridiculise les aînés

Au début du mois de mars, une publicité de la compagnie Bell a semé l’émoi auprès de plusieurs organismes d’aînés et de retraités. Et pour juste cause. La publicité annonce la nouvelle technologie Fibe associée au service de télévision  permettant, entre autres, de gérer plusieurs enregistrements simultanément et d’obtenir un grand choix de films et d’émissions sur demande en haute définition. Rien de trop sorcier, enfin… La compagnie, quant à elle, a décidé que c’était trop compliqué pour les personnes aînées.

Le concept de la publicité est le suivant : Jeu télévisé opposant deux couples, un duo de jeunes adultes associé à la toute nouvelle marque Fibe et un autre, de retraités, associé à la technologie par câble. Déjà, le cliché est évident. L’animateur pose alors des questions sur le produit Fibe afin de tester les connaissances des participants. Le couple d’aînés ne semble rien savoir, se trouve complètement perdu, même face à la question la plus simple, tandis que le couple de jeunes répond à tout.

Cette publicité certainement dénigrante pour les aînés a été pointée du doigt par l’Association des retraité(e)s de l’éducation du Québec (AREQ). Son président, M. Pierre-Paul Côté s’est prononcé à ce sujet : « Une publicité comme celle de Bell nous montre des personnes malhabiles, qui n’ont pas l’air de comprendre ce qui se passe autour d’eux ». Le site canoe.ca faisait également mention, il y a quelques semaines, de la réaction de la Table de concertation des aînés de la Capitale-Nationale et sa décision d’envoyer une lettre à Christian Paradis, ministre fédéral de l’Industrie, afin de dénoncer cette publicité caricaturale et teintée d’âgisme. La Conférence des Tables régionales de concertation des aînés du Québec a également appuyé cette action et a émis une plainte au Conseil des normes canadiennes de publicité.

Il est décevant de savoir que plusieurs aînés ont visionné cette publicité, diffusée en février, sur les chaînes de Radio-Canada, TVA, ainsi que sur Youtube.

Au fond, quel message transmet la compagnie de télécommunications ? Que les aînés sont dépassés par les avancements technologiques, qu’ils ne sont pas les publics-cibles appropriés, même si on sait qu’une grande proportion d’entre eux ont au moins un téléviseur chez eux ? Si on va plus loin, le message publicitaire peut aussi influencer les plus jeunes générations. Que peuvent-ils penser ? Persister sur l’idée que leurs grands-parents ou des personnes plus âgées qu’elles ne puissent pas s’entendre avec les plus jeunes, se comprendre et vivre les changements ensemble ? Ce type de publicité ne fait-il pas simplement creuser davantage le fossé entre les générations ?

Et si le couple d’aînés avait été placé derrière le podium de Fibe et qu’il répondait parfaitement aux questions, quelle idée aurions-nous eu d’eux finalement ?

La fine pointe de la technologie ne serait réservée qu’aux jeunes ?

Bien que Bell puisse se défendre en affirmant qu’il s’agissait d’un exercice d’humour, ce genre de publicité est du moins déplacée et elle est malheureusement le reflet de trop d’images stéréotypées et de préjugés associés aux aînés circulant toujours dans certains médias et dans notre société en général. Pourquoi doit-on encore opposer le nouveau à l’ancien ? Les jeunes technophiles versus les vieux dinosaures de la technologie ? En 2013, on devrait savoir que c’est tout le contraire qui se produit ! L’adoption de nouvelles technologies n’est pas une question d’âge, la preuve : plusieurs de mes amis de moins de 30 ans n’ont toujours pas de cellulaire !

Sources :

Communiqué de l’AREQ
Article de TVA Nouvelles/Canoe.ca
Publicité Fibe de Bell sur YouTube

L’âgisme, à l’oeuvre pour encore combien de temps ?

Marche dans le parc, crédits : GL

Aujourd’hui, l’âgisme s’impose comme un véritable enjeu social et ce, à l’échelle nationale et internationale. Au Québec, certains organismes, notamment dans le secteur des services et activités offerts aux aînés, se sont déjà mobilisés autour de cette épineuse problématique qui engendre des impacts réels dans l’organisation de notre société. Le vieillissement de la population est peut-être une réalité démographique bien connue, mais cela n’incite en rien le monde à voir le vieillissement autrement. Même dans ce contexte, l’âgisme demeure une des discriminations sociales les plus tolérées.

Notre regard porté sur les aînés est souvent scindé en deux visions stéréotypées et opposées : l’une considérant les aînés comme tous de sympathiques grands-pères et grands-mères remplis de sagesse et d’honnêteté et l’autre, comme des individus fragiles, confus, souffrants et résistants au changement…

L’âgisme combine trois éléments tels qu’énoncés par le gérontologue Robert Butler : les attitudes préjudiciables envers les aînés et le processus du vieillissement, les pratiques discriminatoires visant l’exclusion des aînés et les pratiques institutionnelles et politiques qui perpétuent les stéréotypes sur la base de l’âge*

 

Cette semaine, l’infolettre du Centre de recherche en gérontologie sociale (CREGÉS) faisait mention d’un rapport de Reverafournisseur canadien de logements, de soins et services aux aînés, réalisé en collaboration avec la Fédération internationale du vieillissement (FIV). Les résultats de ce rapport, s’appuyant sur un sondage en ligne de Léger Marketing effectué entre le 24 août et le 4 septembre 2012 auprès d’un échantillon de 1501 Canadiens de différentes générations : génération Y (18-32 ans), génération X (33 à 45 ans), génération baby-boomers (46 à 65 ans), aînés de 66 à 75 ans (troisième âge) et aînés de 75 ans et plus (quatrième âge).

Ce rapport révèle plusieurs perceptions qui confirment l’importance de lutter contre l’âgisme, aujourd’hui et dans les années à venir.  On y apprend notamment que six aînés sur dix avouent avoir été traités injustement ou différemment en raison de leur âge. Également, le rapport indique que huit Canadiens sur dix affirment que les aînés âgés de 75 ans et plus sont considérés comme moins importants et plus souvent ignorés.  Les trois formes de discrimination envers les aînés les plus répandues sont les suivantes :

  • Être ignorés ou être traités comme s’ils n’existaient pas (41%)
  • Être traités comme s’ils ne contribuaient en rien (27%)
  • Être perçus comme des incompétents (27%)

Le quart des aînés (personnes âgées de plus de 66 ans) interrogés rapportent également que la source de discrimination provenait du gouvernement et le tiers, des professionnels de la santé et du système de santé.  Ces données nous démontrent que la discrimination ne se fait pas uniquement par le biais des rapports sociaux quotidiens entre individus, mais bien à d’autres niveaux : à travers les médias, les relations gouvernementales, les relations de travail, dans la relation d’aide, notamment en santé…. Bref, personne n’y échappe.

Plus du tiers des Canadiens participants au sondage admettent avoir traité une personne différemment à l’égard de son âge.  Cette réalité, bien qu’inscrite dans un contexte de sondage précis, dévoile toutefois une tendance réelle. Un travail soutenu de sensibilisation à l’égard de l’âge, de l’apport social et économique des aînés, ainsi que le renforcement des relations intergénérationnelles est à poursuivre. D’ailleurs, si vous avez quelques minutes, vous pouvez participer au jeu-questionnaire Êtes-vous conscientisé à l’âge ? Un petit outil qui permet de réfléchir sur nos jugements et perceptions à propos des aînés.

*L’âgisme : source de fractures générationnelles et d’exclusion sociale ? Un état de la question, Martine Lagacé, Université d’Ottawa, 2010

 

Source pour mieux comprendre ce qu’est l’âgisme :
L’âgisme démasqué? Association québécoise de gérontologie, Montréal : Canada : Vie et vieillissement, 2009, vol. 7 (2), 68 p.

De l’art aux accents POP dévoile des visages d’aînés du Grand Âge

Crédit photo : Geneviève Lalonde

Ils ont 80 ans, 86 ans, 87 ans, 95 ans, 99 ans… Ils ont franchi ce qu’on nomme la période du « Grand Âge ». Outre leur âge qui démontre une longévité et une santé de fer,  la question de l’âge joue un second rôle dans l’exposition dont il est question aujourd’hui. L’âge n’est pas ce que l’on retient, mais plutôt l’appétit pour la vie malgré ses joies et ses drames et la volonté de participer à notre monde qui habitent chaque aîné mis en valeur dans ce projet…

À mon entrée dans le Hall d’honneur de l’Hôtel de Ville de Montréal, j’ignorais la surprise que j’allais avoir à la vue du travail réalisé par l’association Les petits frères des Pauvres dans le cadre du vernissage de leur exposition intitulée Visâges et Témoignâges qui a eu lieu le 18 septembre dernier. Ce que je savais d’avance par contre, c’est que notre regard ne se porte pas suffisamment sur la beauté de l’avancée en âge et que ce projet allait sûrement changer, pour nombreux d’entre nous, certains de nos paradigmes liés à l’esthétisme, à la vie et au vieillissement. En y faisant un tour d’horizon, la série de photographies nous rappelle le style pop art en regroupant une quarantaine de portraits d’aînés en noir et blanc sur fond aux couleurs vives. L’effet du contraste créé entre l’intemporalité du noir et blanc et la couleur fluo symbolisant l’ancrage dans le monde d’aujourd’hui, comme le décrit l’artiste, est réussi !

Un projet visuel qui nous pousse à réfléchir sur la place des aînés dans la société

Ce projet vise non seulement à lutter contre les préjugés sur la vieillesse, mais aussi à placer les aînés au cœur de la ville, susciter une réaction collective, ainsi que l’action citoyenne en donnant la parole aux aînés. « Avec cette exposition qui fera le tour du Québec, je souhaite faire tomber les stéréotypes, faire prendre conscience que ce n’est pas parce qu’on atteint certain âge que l’on n’a plus rien à dire, plus rien à faire », indique Christine Bourgier, photographe et artiste du projet.  Notons que quelques personnalités connues ont participé au projet dont Jeannine Sutto, Béatrice Picard et Jean Coutu. Chaque photo est complétée d’un témoignage de vie personnalisé, soit une citation de la personne aînée photographiée.

Crédit photo : Geneviève Lalonde

Lors du vernissage, j’ai fait la rencontre de Mme Marielle Langlois, une magnifique et coquette dame de 87 ans, participante au projet photographique. Naturopathe de formation, elle m’a partagé sa fierté de retrouver sa photo exposée aux côtés des dizaines d’aînés s’étant prêté au jeu de modèles.  Sa citation nous fait réagir : « Se mettre en beauté est un acte d’amour envers le monde ». Pour elle, une vision positive à l’égard de l’environnement qui l’entoure et des évènements marquant nos vies est un gage de bonne santé. La beauté n’est pas qu’une conception extérieure du corps, mais de l’intérieur, les deux étant bien sûr liés. Selon elle, la plus grande pauvreté des aînés n’est pas celle associée à l’argent, mais celle de l’âme lorsque l’esprit et le moral se dégradent. De plus, les regrets ne devraient pas continuellement ponctuer notre existence. Par son témoignage, Mme Langlois m’a prouvé que la vieillesse ne doit pas être un temps d’inquiétude, mais plutôt de sérénité.

Par ailleurs, les petits frères des Pauvres célèbreront ses 50 ans d’existence cette année. Depuis 1962, les petits frères des Pauvres réalisent une belle aventure humaine de solidarité en faveur des personnes âgées fragilisées. Une œuvre qui rayonne de par le monde : le Québec, la France, l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne, les États-Unis, l’Irlande, la Pologne, le Maroc, et fut fondée en 1946 en France (source : Les petits frères des Pauvres).

Dans le cadre de l’exposition Visâges et Témoignâges, les petits frères des Pauvres souhaite rendre hommage à la beauté des « Vieux Amis », une expression affectueuse propre à l’organisme pour surnommer les aînés et nous espérons que le projet puisse obtenir un beau succès à travers la province. Une deuxième phase du projet engageant des jeunes dans une démarche intergénérationnelle est envisagée. Ça promet !

D’ici là, je vous invite à visiter l’exposition offerte gratuitement au public à l’Hôtel de Ville jusqu’au 3 octobre et présentée le 1er octobre 2012 afin de souligner la Journée internationale des personnes âgées et le dévoilement du Plan d’action « Municipalité amie des aînés » de la Ville de Montréal.

Exposition Visâges et Témoignâges
Un regard sur la beauté de la vieillesse, des réflexions remplies de sagesse !
Du 14 au 3 octobre 2012
Lundi au vendredi de 8h30 à 17h
Samedi de 10h à 16h
Entrée libre
Hall d’honneur
Hôtel de Ville de Montréal
275, rue Notre-Dame Est

Le Groupe Maurice et le Fonds Présâges sont les fiers partenaires de ce projet.

Clichés d’aînés loin du préjugé

Francine Jacquier photographiée par Julie Bretaud

Il ne faudrait pas sous-estimer la puissance de l’image… et de l’effet positif qu’elle peut produire sur la perception de soi notamment quand nous n’avons plus 20 ans. La photographe française Julie Bretaud a compris rapidement ce que la photo pouvait apporter aux personnes aînées. Dans son projet « Ma bulle d’oxygène »  (2009), elle a choisi de valoriser l’image des retraités et de sensibiliser les jeunes générations aux conditions de vie des plus âgés. Cette démarche artistique lui a permis de produire une élégante série empreinte de vérité et de sensibilité comprenant 30 portraits d’aînés de la maison de retraite St-Joseph (Nantes, France) soufflant des bulles de savon.  La photographe tient son inspiration de son implication à titre de bénévole pour l’organisme les Petits frères des pauvres en France (existant également au Québec). Lors de son passage à l’organisme, elle notait souvent que les aînés les plus isolés avaient très peu de photos d’elles-mêmes et même de leur propre famille. L’idée lui ai donc venue de revaloriser ces personnes par l’entremise de son objectif et de démontrer l’intérêt que les aînés peuvent susciter comme sujet photographique.


« Ne craignant pas de bousculer certaines conventions, elle fait poser ses modèles du quatrième âge avec des guitares électriques. Pas pour choquer, mais juste pour montrer ce que d’autres préfèrent cacher : la vieillesse, tout simplement. » (Tiré du site de Julie Bretaud


L’expérience de ce premier projet photo a fait naître une suite de nouveaux projets mettant toujours en scène des aînés. En 2011, elle réalise « Quand l’appétit va… Tout va ! », une série humoristique de 50 portraits d’aînés sur le thème de la gourmandise. S’ensuit un autre projet intitulé « Vivre et Vieillir en foyer logement : un autre regard » qui présente 20 portraits de résidents aînés dans leur logement accompagnés de leur objet fétiche et d’une phrase les caractérisant. Les objectifs de son œuvre rassemblant ses différents projets restent sensiblement les mêmes : offrir une meilleure visibilité aux aînés dans une société qui, encore aujourd’hui, ne donne pas la place à laquelle les aînés devraient avoir droit et briser l’isolement chez ceux-ci.

Pour en savoir plus sur les projets de Julie Bretaud, visitez son blogue !


Vernissage de l’exposition « Ma bulle d’oxygène » par mabulledoxygene

Capter l’instant d’une vie

Affiche officielle de l’exposition Toute ma vie de Marie-Pier Giasson

Comme quoi un rêve peut souvent mener loin… Pour Marie-Pier Giasson, photographe originaire de Rouyn-Noranda, son rêve s’est littéralement matérialisé en un projet artistique. Après que sa tante lui ai suggéré de faire des personnes âgées son prochain sujet photographique, elle s’est mise à voir plein de photos défiler dans sa tête pendant son sommeil, « des sujets aux regards remplis de vécu et aux mains remplies de sagesse ». Sortie de ses songes, Marie-Pier entreprend son projet et contacte la Résidence Saint-Pierre, ainsi que la Maison Pie-XII, deux résidences pour aînés. À la suite de multiples visites et de riches rencontres, elle réalisera une série de 13 portraits intitulée « Toute ma vie ».

« Un jour, ma tante m’appelle : « Marie-Pier, j’ai eu un flash ; tu dois photographier des personnes âgées. Ça va t’apporter quelque chose de gros qui va changer ta vie ». Je me suis demandé ce qu’elle voulait dire par là. » (source : Page Facebook Marie-Pier Giasson Photographie

Tout au long de sa démarche, la photographe souhaitait résumer la vie de chacun par le biais d’une seule photo, capter leur vécu à travers leur visage, leur expression et leurs mains… L’exposition en sépia se termine par une photo couleur d’un nouveau-né afin  d’illustrer le cycle de la vie. À chaque mort survient une naissance, une vision poétique, mais aussi réaliste du processus de la vie. « C’est ma manière de montrer que le cycle se termine par le début d’un autre », précise la photographe. L’artiste trouve que l’intensité du regard des aînés qu’elle a rencontrés et leurs rides sont d’une grande beauté sur pellicule, puisque le visage ayant du vécu, parle, témoigne d’une histoire à partager. En plus, les aînés apprécient souvent beaucoup parler de leur vie, de leur passé.


« Toute ma vie, je la dédie à toutes les personnes âgées de cette Terre, car ils ont tellement de choses à nous apporter par leur gentillesse, par leur expérience, ils constituent notre histoire. L’exposition est là jusqu’au 2 septembre au Cabaret de Rouyn-Noranda. » (source : Page Facebook de l’événement du vernissage)


Pour mieux connaître l’œuvre de la jeune artiste, visitez sa page Facebook !

 Lisez l’article de l’Abitibi-Express au sujet de l’exposition. 

Visionnez la vidéo du vernissage de « Toute ma vie »

La vieillesse : Autant d’angles abordés qu’il existe de sociétés

En 1990, soit il y a plus d’une vingtaine d’années déjà, Alain Pilon, sociologue québécois, écrivait, dans la revue Nouvelles pratiques sociales, l’article intitulé « La vieillesse : un reflet d’une construction sociale du monde ». Quelques années auparavant, en France, Pierre Bourdieu mentionnait que « la vieillesse est tout comme l’âge, une réalité biologique, socialement manipulée et manipulable ».

La définition sociale de la vieillesse a bien évoluée avec le temps… Autrefois synonyme d’affaiblissement ou d’incapacité physique à un âge dit « très avancé », freinant la participation aux travaux du village ou de la famille à l’époque pré-industrielle, la vieillesse a pris un tout autre sens dans la société industrielle où elle fait davantage référence à une diminution des capacités professionnelles qui engendre un coût salarial élevé. Concrètement, l’âge de la vieillesse est plutôt déterminé par le rapport au travail et surtout l’écart entre la productivité et le salarié. (Pilon, 1990, p.148) Ainsi, plus on est vieux, moins on est rentable! Une pensée âgiste encore souvent véhiculée en milieu professionnel. L’évolution des rapports sociaux liés au travail a modifié la notion de vieillesse comme une catégorie improductive et économiquement dépendante (Pilon, 1990, p.142).

Par ailleurs, il faut savoir que dans les sociétés basées sur l’activité agricole et la vie familiale multigénérationnelle, les personnes vieillissantes sont davantage valorisées, notamment grâce à la possession d’une terre ou d’un savoir fondé sur l’expérience (Pilon, 1990, p.143). L’avancée en âge est aussi respectable que celle du vin se bonifiant avec le temps. Au XXe siècle, le contexte industriel a entraîné une dévalorisation de la main-d’œuvre vieillissante. De plus, suite à la crise de l’emploi des années 70 et 80, l’âge associé à la vie active ou en emploi s’est vu modifier, encourageant les travailleurs âgés de 65 ans et plus à prendre leur retraite.

La vieillesse a certes évolué selon les différentes périodes, mais elle est également une notion approximative (Nshimrimana, 2003). Variable d’une époque à l’autre, le terme prend aussi une signification particulière d’une culture à l’autre. Dans les sociétés traditionnelles, comme en Afrique, les anciens ont toujours eu un rôle social important, que ce soit au niveau de l’héritage matériel, du transfert d’expérience, de la sagesse et même qu’on leur associe, une utilité, une notoriété, voire un prestige, et une symbolique quasi spirituelle dans la communauté. Cependant lorsqu’une société connaît des transformations sociales, des conflits ou l’arrivée progressive de la modernité, les impacts sur les aînés peuvent être lourds, d’autant plus si on les dépouille de leurs responsabilités sociales.

Pour bon nombre de peuples, l’âge n’est pas évalué en années, car bien souvent, on ne connaît pas l’année de naissance d’un individu. Par exemple, « dans la culture burundaise (Burundi, pays d’Afrique de l’Est) pré-coloniale, le temps était scandé par les événements marquant la communauté : les personnes âgées se repéraient, non pas par leurs années de vie, mais par leur expérience, leur descendance et par les événements dont elles avaient été témoins. » Toutefois, dans la culture occidentale, la vieillesse est non seulement chiffrée et fortement considérée, mais elle est également devenue un intérêt dont les compagnies biotechnologiques, pharmaceutiques, d’assurances et immobilières se sont rapidement approprié, offrant plutôt l’image d’une négation du vieillissement.

La perspective sociologique de la vieillesse remet les pendules à l’heure quant à notre conception de celle-ci. Elle est loin d’être un concept bien défini et restera subjectif pour tous. Il n’en tient qu’à nous pour concevoir la vieillesse comme une réalité humaine dont les enjeux sont beaucoup moins apocalyptiques que ce qu’on nous laisse entendre. À chacun sa vieillesse…

« […] c’est l’utilité concrète sur le plan social qui confère à un humain sa dignité, et cela n’est pas valable seulement pour les personnes âgées…»
(Nshimrimana, 2003, p.62)

Sources :

Nshimrimana, Léandre. 2003. Vieillesse et culture. Du bon usage des personnes âgées. De Boeck Université / Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, no.31.

Pilon, Alain. 1990. La vieillesse : reflet d’une construction sociale du monde. Nouvelles pratiques sociales, vol. 3, no 2.

 

Vieillesse et petite leçon de linguistique

Les mots associés à la vieillesse, tels que « vieux », « aînés », « personnes âgées », « vieillissement », ont depuis très longtemps, dans notre conscience collective occidentale, évoqués un sens plutôt péjoratif. Pourtant, ces termes font référence à un processus naturel de la vie et donc, on ne devrait pas forcément les considérer d’une manière si négative. Le poids des mots peut devenir très lourd à supporter, surtout lorsqu’on lui associe un préjugé ou un stéréotype. Prenons l’exemple de « vieux », vous pensez tout de suite à quoi ? Le temps serait-il venu de briser les images préconçues liées à ces différents termes ?

La notion de « vieillissement » est très complexe et peut se définir sous trois perspectives : biologique, médicale et sociale. Le côté négatif accordé au sens des termes de la même famille que « vieillissement » est bien souvent le fruit d’une construction sociale et propre à chaque culture. Dans le Nouvel Observateur, un récent article de l’analyste des médias François Jost raconte que la ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie, en France, Michèle Delaunay, aurait proposé sur son blogue de substituer le mot « vieillir » par l’expression « avancer en âge », jugeant que le premier terme était connoté trop négativement. Plusieurs réactions ont été repérées sur le réseau social Twitter, où de nombreuses personnes suggéraient des expressions de substitutions plutôt farfelues pour démontrer le non-sens de cette proposition.

Doit-on censurer des mots qui font partie de notre langage courant ? Surtout que le mot « vieillir » regroupe l’ensemble des phénomènes d’évolution d’un être vivant et ne fait pas seulement référence au déclin et à l’usure, comme de nombreux dictionnaires de la langue française le présente. « Vieillir » est aussi un terme que nous devons nuancer, surtout de nos jours, puisque la manière de vieillir en 2012 est certainement différente de celle des générations antérieures. Plusieurs changements nous amènent à mieux comprendre le fait de vieillir et le voir comme un fait positif : la perception liée à l’âge, le perfectionnement de la science, l’amélioration des conditions de vie et de la santé humaine (allongement de l’espérance de vie), la participation sociale des personnes aînées de mieux en mieux intégrée à la société, etc.

Bref, le danger avec la langue, c’est de considérer une trop grande importance au sens « social » qu’on lui accorde… Encore là, la sémantique (étude du sens) des mots n’est pas non plus à mettre de côté. Encore faut-il la critiquer et la nuancer. Quels mots sont encore politically correct ? On a arrêté de dire « vieux », « aînés » a remporté sur l’expression « personnes âgées », le mot « vieillesse » est un terme à ne pas trop employer avant ce qu’on nomme le 3e âge (65-80 ans). Les mots deviennent en soi de grands tabous dans une société où l’on tente d’encourager des expressions soi-disant non discriminatoires. Comme Richard Lefrançois, sociologue à la retraite, le mentionne sur son blogue gérontologique : « Aujourd’hui, on est socialement vieux de plus en plus jeune et biologiquement vieux de plus en plus tard. Le senior a 50 ans. Le vieux en a 80. » Dans son article, Richard Lefrançois n’a pas tort, la perception de la vieillesse change et ce, de manière favorable. Ainsi, ne devrait-on pas avoir autant peur des mots si tout le monde devient inévitablement un jour ou l’autre vieux ?

Comme dirait Victor Hugo, « l’un des privilèges de la vieillesse, c’est d’avoir, outre son âge, tous les âges. »

Un prochain billet traitera davantage de cette relation entre vieillesse et culture, notamment au Québec. À suivre sur le blogue de la TCAÎM !